__!!!"Fiction" (1997-98)

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extrait 1

Scène 1 : nuit++

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Kange assis devant la tente une lampe torche à la main lit un livre de mathématiques. Léo le rejoint à vélo.

Léo : On n’avait jamais vu un orage aussi violent, jamais.

Kange : De quoi tu parles ? Le ciel est plein d’étoiles.



Léo : Ah Ah ! Kange n’a pas appris sa leçon de Français ! Kange va rater son bac!

Kange : Fous moi la paix. Je navigue dans la géométrie du ciel. J’ai pas besoin de ces poèmes débiles du programme.

Léo : C’est pas un texte du programme. C’est en plus, je ne sais pas, pour stimuler notre créativité, elle dit la mère Reno. Elle veut qu’on le mette en espace comme elle dit.

Kange : Attends moi j’en ai marre de ces plans qui ne marchent jamais. Elle va encore nous dire qu’on est nuls parce qu’on veut pas essayer ces trucs à la con.

Léo : C’est pas des trucs à la con et elle a jamais dit qu’on était nuls.

Kange : C’est une vieille coincée comme les autres même si elle se donne des airs. Je suis sûr qu’elle vit toute seule et qu’elle s’emmerde et voilà.

Léo : Comme toi .



Kange : Je vois pas le rapport.

Cadia arrive à pied, essoufflée, embrasse les deux garçons, s’installe.

Cadia : Ben j’en ai une bien bonne à vous raconter. Vous savez quoi ? Madame Reno s’est foulé la cheville en tombant de la table. Elle peut plus marcher. Elle a un congé. Tu parles d’un binz.

Kange : Géant. Pas de poème à apprendre.

Léo : Arrête, c’est quand même notre faute.

Kange : Pourquoi ?



Cadia : T’avais qu’a pas sécher les cours et tu saurais. Ca ne t’étonne même pas qu’elle soit tombée d’une table ? Une table, putain, ça arrive quand même pas tous les jours .

Kange : Elle se l’est jouée « cercle des poètes disparus » ou quoi ? Avec sa jupe grise et ses chaussures inusables ?




Léo : Ben c’était le premier avril, tu vois, et Stradi et Peter Pan ont eu une idée. Sur le coup ça nous a tous beaucoup plu, sauf Jolla et Melle qu’étaient pas trop d’accord, mais Nellie a persuadé tout le monde.

Cadia : On s’est tous assis par terre entre les tables et quand elle est entrée, d’abord, elle ne nous a pas vus .

Léo : Après elle a pris un air enjoué pour dire : C’est un poisson d’avril, hein, c’est ça ?

Pendant ce temps sont arrivés, à pied ou à vélo : Stradi, Peter Pan, Nellie, Jolla et Melle. De leur comportement apparait, très vite, qu’ils ont l’habitude de se réunir là, et plus lentement, que Cadie est avec Léo, que Nellie regarde beaucoup Kange, que Stradi et Peter Pan s’intéressent beaucoup à Melle et que Jolla n’est pas très à l’aise avec le groupe .

Nellie : Alors on a dit : Non, c’est une grève. Un sit-in. On ne bouge plus.

Peter Pan : Dans l’ensemble on a bien gardé notre sérieux.




Léo : Sauf Nellie qui pouffait de rire.

Stradi : Ce qui n’étonne plus la mère Reno depuis longtemps.

Melle : Alors elle a réfléchi un peu et puis elle est allée s’asseoir par terre, derrière son bureau et on ne la voyait plus.


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extrait 2

Scène 4

Jolla, seule. Espace vide. Temps incertain.

Jolla : Quand j’étais petite, je collectionnais les animaux miniature en plastique des paquets de lessive et les échantillons de carreaux en céramique trouvés dans les poubelles d’un voisin artisan. Je jouais pendant des heures. Je délimitais des territoires. Je traçais des murs de palais ou de labyrinthe. Les adultes m’oubliaient, et moi, à plat ventre sur le sol froid, j’inventais un monde.

Ma mère disait toujours qu’elle buvait à cause du départ de mon père. Moi, j’étais sûre au contraire qu’il était parti parce qu’elle buvait. La question que je ne me suis jamais posée à l’époque, c’est si elle s’était mise à boire à cause de quelque chose que mon père avait fait, ou pas fait, avant de partir. Ou plus simplement à cause de sa vie, du ratage de sa vie, à cause de ces vieux rêves qu’elle avait de faire du théâtre et tout ça, et mon père qui lui disait, ma pauvre chérie, essaie d’avoir un peu le sens pratique ! Le sens pratique, elle ne l’a jamais eu. Elle s’occupait de moi un peu au hasard, parfois avec passion, parfois avec indifférence.

Elle était capable de s’acheter des robes ou des livres ou des vieux vinyls de Billie Holiday, comme ça, sans réfléchir, et puis à la fin

du mois on bouffait des pâtes deux fois par jour et puis on recevait des relances et des rappels des impôts ou d’EDF et mon père se mettait en colère et puis un jour il est parti, voilà. Il n’a même pas essayé de divorcer ou d’avoir ma garde ou quoi que ce soit, il est parti c’est tout. J’avais neuf ans peut-être et pendant plus d’un an il a fallu que je nourrisse ma mère parce que sinon elle n’aurait même pas pensé à manger et elle serait morte. Alors j’allais à l’école et je rentrais et je faisais à manger, ce qu’il y avait, on n’avait pas grand chose, ma mère recevait quelques aides j’imagine, jamais rien de mon père en tout cas, il avait dû fuir le plus loin possible, on ne l’a plus jamais vu. Il y a un an, deux ans, j’ai essayé de le retrouver, sans résultat.

Ma mère, j’aurais cru qu’elle se serait mise au théâtre maintenant qu’il n’y avait plus mon père pour lui dire d’avoir le sens pratique, mais non, au lieu de ça elle s’est mise à l’amour. Enfin, façon de parler. Mais moi, au bout d’un moment, j’ai renoncé à compter.